Depuis le 8 novembre dernier, les Américains ont un nouveau Président. L’onde de choc provoquée par l’élection de Donald Trump a entrainé dans le pays une division sans précédent.

Les incidents et crimes racistes, communautaires ou confessionnels se sont multipliés. Ainsi, avant même le jour de l’élection, les crimes contre les musulmans avaient atteint leur plus haut niveau depuis les attentats du 11 septembre 2001. Par ailleurs, véritables microcosmes de la société américaine, les écoles du pays sont sous tension depuis l’élection. Dans certaines d’entre elles, c’est le cas d’une middle school (collège) de Royal Oak, Michigan, des “Build the wall” se sont fait entendre. A de DeWitt, Michigan, des étudiants se sont alignés pour former un mur et empêcher les étudiants hispaniques de regagner leurs classes… Alors que dans les toilettes, les “White only” fleurissent un peu partout.

Compte-tenu de l’ambiguité du discours de Donald Trump à son égard, la communauté LGBTQ (Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transexuels, Altersexuels) craint une remise en cause du mariage homosexuel mais également l’abolition du don’t ask, don’t tell (mesure discriminatoire à l’égard des homosexuels). Craintes justifiées par l’annonce de sa volonté de signer le First Amendment Defense Act, qui légalise le discrimination des LGBTQ, en particulier au niveau professionnel, si elle est motivée par la religion. Craintes également justifiées par la nomination comme vice-président de Mike Pence, connu pour être un fervent homophobe.

Malgré une atmosphère parfois délétère, y compris dans les quartiers aisés de Brooklyn (Croix Gammées au Adam Yauch Park, supportrice de Clinton frappée au restaurant le Bar-tabac), il serait très injuste de généraliser et d’associer l’ensemble de la société civile américaine à ces positions ou à ces exactions. This is not America, aurait sans doute chanté David Bowie.

Depuis l’élection, les dons affluent.

The Trevor Project, organisation qui prévient le suicide chez les jeunes LGBTQ a reçu trois fois plus de dons qu’en temps normal à cette période. De nombreuses organisations caritatives ont également déclaré avoir reçu un montant de dons sans précédent. C’est le cas de The Sierra Club, organisation environnementale, qui a annoncé trois jours après le résultat qu’ils avaient recrutés plus de donateurs réguliers durant ces trois jours que durant toute l’année 2015. De son côté, Planned Parenthood, véritable institution qui offre des tests de cancers du sein, prend en charge les femmes souhaitant avorter, éduque et fournit aux plus pauvres une contraception (4 millions de bénéficiaires par an aux Etats-Unis), a vu croître les messages de soutien et affluer les dons réguliers (dons mensuels). Trump avait menacé l’organisation durant sa campagne de supprimer tout financement public si elle ne renonçait pas à soutenir l’avortement. De son côté, The American Civil Liberties Union (ACLU), qui défend les droits individuels et les libertés, a reçu 120 000 dons pour un total de 7,2 millions de dollars en cinq jours.

Selon Mélanie Ulle, fondatrice et CEO de Philanthropy expert, Quand on sent qu’il y a un risque pour nos droits, on a souvent tous la même réaction, celle d’investir dans le seul moyen efficace de changer les choses. Nous avons le pouvoir de notre porte-monnaie à défaut d’autre chose en attendant les prochaines élections. La question est de savoir si cela durera.

Malgré l’incertitude qui plane sur la générosité comme sur l’économie en général, certains gardent espoir.

Brent Andrewsen, avocat spécialisé dans les organisations “non profit”, ne semble pas inquiet et anticipe même une hausse des dons. Nous supposons que ses promesses relatives aux réductions d’impôts, et notamment la possible suppression de l’impôt sur le patrimoine immobilier, va créer de vraies opportunités de simplifier et d’alléger la pression fiscale. Je pense que nous verrons une augmentation des dons liée à une croissance de la consommation dans une contexte d’allègement de la pression fiscale.

Le rapport Giving USA Foundation 2015 Spotlight explique que même si les motivations des donateurs varient, ils ne réduisent pas leurs dons dans une année d’élections. Les dons ont connu une croissance durant sept des huit dernières années d’élections présidentielles. La seule exception fut 2008, année de la grande récession.

Concrètement, à quoi peut-on s’attendre?

Au global, l’organisation indépendante Tax Policy Center prévoit malgré tout une baisse de 4,5 à 9% de la collecte auprès des particuliers, soit une diminution de 13,5 à 26,1 milliards de dollars par an.

Plusieurs mesures annoncées pourraient avoir un impact certain sur le secteur.

Fiscalité. De nombreux analystes pensent qu’un allègement fiscal général va être proposé ainsi que des limites concernant les incitations fiscales au don, c’est le cas de Steven Taylor, Counsel for Public policy au United Way Woldwide. L’ensemble des réductions fiscales, dont les dons aux organisations non profits, serait plafonné à 100 000 dollars pour une personne seule et 200 000 dollars pour un couple marié. Les ménages les plus riches devraient, quant à eux, bénéficier d’importantes baisses d’impôt.
A court-terme, ces mesures pourraient entrainer une baisse des dons, selon les experts, car elles auraient pour effet de diminuer la valeur des déductions fiscales liées aux dons.
A plus long terme, il est difficile de prévoir ce que cela signifierait pour la générosité, certains pensent que les plus riches auront de fait plus d’argent à donner.

Economie. Durant sa campagne, Trump a proposé d’imposer des tarifs sur les importations et une diminution des échanges. Cela pourrait avoir des effets sur l’économie et donc sur les dons, selon Patrick Rooney, professeur d’économie et d’études philanthropiques à l’Indiana University’s Lilly Family School of Philanthropy.

Budget. Le budget Fédéral devrait baisser de 1% à l’exception des budgets militaires et médicaux qui baisseraient d’environ 800 milliards de dollars en dix ans. L’impact de cette diminution serait considérable pour les organisations dépendant des fonds publics et notamment les services sociaux, les organisations médicales ou les écoles. Toutes ces organisations devraient alors se tourner vers des financement privés pour survivre. Si en outre L’Affordable Care Act (“Obama Care”) était remis en cause, des millions d’américains se trouveraient sans couverture maladie, et leurs soins médicaux devraient être pris en charge par les hôpitaux et les organismes sociaux privés. Plus que jamais ces organisations auront besoin de donateurs privés.

Enfin, “l’écosystème non profit” pourrait être modifié. L’abolition du Johnson Amendment, qui interdit aux organisations “non profit” de s’engager politiquement fait partie de son programme, afin de se rapprocher des églises et des leaders chrétiens. Selon Roger Colinvaux, professeur à la Catholic University of America, cela rendrait possible les dons des partis politiques et pourrait mener certaines organisations à s’éloigner de leur mission sociale.

On en saura plus après Giving Tuesday.

Après des semaines mouvementées, les américains vont souffler un peu et célébrer Thanks giving, avant de se laisser propulser vers les grand-messes à la gloire de la consommation (Black Friday, Cyber Monday) et du don (Giving Tuesday). Giving Tuesday donnant le coup d’envoi de la grande période de générosité de fin d’année, il sera, particulièrement en 2016, un bon indicateur de tendance pour la philanthropie américaine.